Un beau défi : le tour de l'Île d'Orléans en une journée.
L'idée de faire le tour de l'Île
en une journée nous était venue de part et d’autre,
Jean-Claude et
moi, quelque temps auparavant.
C’est en « clavardant » de cette opportunité sur MSN au courant de l’été 2003
que nous nous sommes finalement décidés à réaliser le défi cette année. Pourquoi
un défi? Eh bien on peut dire que c’est une bonne distance à parcourir en une
journée, car on l’estimait au départ à près de 75 kilomètres. D’accord, cette
distance peut se pagayer, pour un kayakiste moyen, en quelque chose comme dix ou
onze heures. Mais ce qui rend le défi encore plus corsé, c’est que nous sommes
soumis aux courants de marées, qui peuvent devenir un obstacle majeur à
l’atteinte de l’objectif. Dans certaines portions du parcours, les courants
peuvent atteindre 6 nœuds (11 Km/h) à leur plus fort, lorsque la marée baisse.
Il est alors quasi impossible d’avancer lorsqu’on est en sens contraire. Ce
phénomène est d‘autant plus fort en période de nouvelle Lune ou en période de
pleine Lune. Autre complication : Lorsque la marée monte, les courants sont
inversés et sont pratiquement aussi forts que sur le jusant (le terme du jargon
maritime qui signifie la marée descendante).
Pour réaliser le tour de l’île en une journée, il faut planifier soigneusement
le départ en synchronisation avec les cycles de marées, ce qui veut dire: partir
à marée basse ou encore à marée haute et espérer profiter des courants durant
toute la moitié du parcours, ce qui représente une distance d’environ 35 à 40
kilomètres, dépendant du point de départ choisi (extrémité Est ou extrémité
Ouest). Pour réussir à arriver à l’autre bout de l’île avant que la marée change
et que les courants s’inversent, il faut tenir une vitesse moyenne de 7 à 8
kilomètres/heure pendant 5 à 6 heures. La même logique s’applique pour la
deuxième moitié du parcours. Conclusion : très peu de temps pour
s’arrêter en route et donc très peu de temps pour le lunch.
Nous avons décidé de partir de l’extrémité Est de l’île, plus précisément du
Quai de Saint-François qui est situé à 3,3 kilomètres de la pointe Est, sur la
rive Sud de l’île. Nous devons donc partir peu de temps après la marée basse,
pour pouvoir profiter du flot (le terme du jargon maritime qui signifie la marée
montante).
| Les marées prévues pour la station de Saint-François, Île d’Orléans le 30 août : | Les marées prévues pour la station de Québec (Lauzon) le 30 août : |
| 2003-08-30 02:50 0.30m (marée basse) 2003-08-30 08:05 6.10m (marée haute) 2003-08-30 15:15 0.30m (marée basse) 2003-08-30 20:30 5.70m (marée haute) |
2003-08-30 04:00 0.10m (marée basse) 2003-08-30 08:55 5.40m (marée haute) 2003-08-30 16:35 0.10m (marée basse) 2003-08-30 21:20 5.10m (marée haute) |
En consultant l’Atlas des courants de marées[1] et les marées prévues pour la journée, nous avons déterminé qu’en partant à 6h00 le matin, nous avions de bonnes chances d’arriver à Sainte-Pétronille avant que les courants ne soient totalement inversés. Aucun de nous n’avait envie de partir avant 6h00 de toute façon. Après-coup, on se rendra compte qu’on aurait du partir vers 5h15 pour pouvoir profiter au maximum du flot et pour ne pas avoir le courant dans le nez sur les 7 derniers kilomètres de la remontée.
Les paragraphes qui suivent racontent notre itinéraire et les événements de la journée en fonction de l’heure. Vous pouvez aussi référer à la carte du parcours pour voir le tracé de notre itinéraire (voir http://www.w10.ca/kayakdemer/docs/tour_orleans.gif). Petit conseil: laissez la fenêtre ouverte pendant que vous lisez la suite. Vous pouvez également consulter les recommandations de Jean-Claude dans la section Destinations à l'adresse suivante: http://www.w10.ca/kayakdemer/destinations/html_files/81.html
30
août 2003, 05h59:
Départ du Quai de Saint-François (Lat.: 46,9969 Long.: -70,8090)
Le Soleil vient tout juste de se lever et nous partons. La journée s’annonce
belle, mais on voit toute suite que le vent sera contre nous pour la remontée
vers Sainte-Pétronille. On annonçait un vent du Nord-Ouest de 15 à 20
kilomètres/heure. Comme l’île est orientée selon l’axe Sud-Ouest / Nord-Est, on
se dit qu’un vent du Nord-Ouest ne sera pas trop gênant. Sauf que… plus on
remonte l’île, plus le vent du Nord-Ouest deviendra fort.
07h10: En face de
Saint-Jean
Vitesse de croisière : 9 à 11 Km/h. Déjà un peu plus d’une heure depuis notre
départ et nous avons déjà 11 kilomètres à notre actif. Le vent du Nord-Ouest est
bel et bien présent, quoiqu’on bénéficie de quelques accalmies de temps à autre.
L’action du vent qui va contre la marée montante crée des vagues de 3 ou 4
pieds, mais elles ne nous ralentissent pas trop. Personnellement et contre toute
logique, je suis plus rapide dans les vagues. Je dois ralentir et attendre mes
collègues à quelques reprises. À un moment, nous passons tout près d’une bouée
et nous constatons que le courant est très fort dans le chenal.
08h25:
Marina de Saint-Laurent (Lat.: 46,8577 Long.: -71,0040)
Vitesse de croisière : 8 à 10 Km/h. Les vagues nous ont ralenti passablement,
mais nous tenons la cadence. Nous avons 22,3 kilomètres de parcourus jusqu’ici.
On s’arrête un peu vis-à-vis la marina de Saint-Laurent et on s’aperçoit qu’on
dérive encore avec un courant positif de 2 à 3 Km/h. Les vagues ont été plus
présentes et atteignaient 4 ou 5 pieds par moments. On décide de terminer la
remontée en longeant un peu plus la rive. Plus près de la rive, les courants
sont moins forts et donc les vagues seront de moindre amplitude. Nous
profiterons moins du courant, mais nous serons dans des eaux plus calmes.
Cependant, pour le reste de la remontée, il faut s’attendre à ce que les
courants s’inversent plus vite sur les côtés. Nous aurons donc le courant dans
le nez d’ici une heure.
09h05: Sous les Pylônes
Ici, plus de courant. Quand on regarde vers la gauche, on aperçoit de fortes
vagues dans le chenal. Nous on est près du bord, alors c’est plutôt calme. Les
courants vont être contre nous d’ici une demi-heure. Notre vitesse de croisière
joue maintenant entre 4 et 6 Km/h.
10h25:
Auberge la Goéliche (Lat.: 46,8450 Long.: -71,1315)
Nous trouvons finalement une petite baie avec une plage où nous arrêter pour le
lunch. Une vue imprenable sur les installations portuaires et sur Québec. Il est
un peu tôt pour dîner, mais comme nous avons déjeuné avant 5h00 ce matin, il est
grand temps de se mettre quelque chose sous la dent. La dernière portion notre
itinéraire s’est faite en longeant les rives et en s’abritant du vent et des
courants dans toutes les petites baies que nous avons longé. Notre vitesse
jouait entre 3 et 5 Km/h. La petite plage est située juste à côté de
l’auberge la Goéliche. En
ce samedi, des gens y célébraient un mariage ou quelque chose du genre. On
pouvait y entendre la musique thème du film « Séraphin, un homme et son péché ».
Fait à noter, une pancarte sur la plage indique la présence d’herbe à puce. Avis
aux kayakistes qui déciderait de s’y arrêter: faites attention à ces herbes. Un
petit lunch qui fait du bien et nous repartons. Nous avons complété maintenant
jusqu’ici 32,4 kilomètres. On sait qu’il nous reste un peu plus de 40 kilomètres
à faire, alors plus une minute à perdre. Les courants sont maintenant bien
inversés.
11h30: Départ de la petite plage à côté de la Goéliche
Aussitôt après être sortis de la petite baie, nous devons affronter de forts
courants (même des rapides) sur la pointe de l’île, jusqu’à ce que nous ayons
franchi la ligne de partage des eaux entre la rive Nord et la rive Sud de l’île.
Une zone de rapides où il n’y a qu’un pied d’eau et où nous avançons à 2Km/h !
Une zone de clapotis et nous avons passé la pointe à 11h51.
12h21:
Sous le pont de l’île
Nous avons complété maintenant 37 kilomètres. Notre vitesse est maintenant entre
8 et 10 Km/h. On sait qu’on a encore le courant avec nous jusque vers 16h et
qu’il nous reste environ 35 à 38 kilomètres à faire. Le gros Louis-Jolliet est
passé faire un petit tour devant les chutes avant de retourner à Québec.
13h00: Petit arrêt de quinze minutes
Nous décidons de nous arrêter sur la rive Nord pour installer ma voile. Le vent
est favorable par moments, mais il est de côté assez souvent. Le vent n’est pas
assez fort en fait pour nous propulser suffisamment. C’est plus rapide à la
pagaie. Nous continuons donc notre course entre 8 et 10 Km/h, mais je peux
dresser la voile à quelques reprises pour assister mon déplacement. Je réussis à
prendre quelques pointes à 10,3 Km/h simplement avec la force du vent dans ma
voile, mais cela ne dure que quelques minutes. Le vent aura tôt fait de devenir
Nord-Nord-Ouest et la voile n’est pas utilisable. Nous continuons notre route
avec ma voile baissée.
16h00:
Première illusion d’une pointe
Le courant reste avec nous jusque vers 16h00 et nous pouvons donc ajouter un
autre 27 kilomètres à notre actif. Nous passons juste à côté de hauts fonds
boueux sur la droite. À l’occasion, près de la côte de l’île, nous voyons des
brochets de toute leur longueur lorsqu’ils sautent à six pouces hors de l’eau.
Nous avons donc maintenant 64,2 kilomètres au compteur. Nous avançons vers la
pointe… Du moins ce qui semble être la pointe de l’île. Et ce sera comme ça pour
encore une heure. Pointe après pointe, nous avons l’illusion que la prochaine
sera la bonne, mais il reste encore 6 kilomètres avant la vraie pointe, nous dit
le récepteur GPS. Vers 16h15, les courants sont vraiment inversés et nous devons
faire un dernier effort de 50 minutes (5 longs kilomètres) pour arriver
finalement à la pointe Est de l’île à 17h05. Ma voile m’a aidé à franchir le
dernier rapide, entre 16h50 et 17h05, puisqu’en eau peu profonde, l’eau prend
l’allure de petits rapides. Je peux dire que la voile me procurait une traction
semblable à celle que j’aurais eu si j’avais eu un kayakiste devant moi dans un
tandem. Je devais néanmoins fournir un effort de l’ordre de 6 ou 7 Km/h pour
réussir à franchir des courants de l’ordre de 7 Km/h, la voile fournissant le
reste de l’énergie qui me permettait d’avancer. Curieuse satisfaction que de
réussir à avancer ainsi dans des courants contraires. Jean-Claude et Josée, eux,
ont bien réussi à traverser ces 50 minutes de courant en étant plus au large.
17h05: Petite pause de 15 minutes sur la pointe.
Nous repartons donc vers 17h20 pour faire les 3 derniers kilomètres avant le
Quai de Saint-François. Tous mes muscles me font mal. Nous arrivons sur la plage
à côté du quai à 17h44. Débarquer du kayak a été horriblement douloureux.
J’imagine que le réveil demain matin le sera autant. Curieuse impression que
d’arriver dans des conditions de luminosité presque identiques à celles de notre
départ. La majesté du Fleuve en face de Cap Tourmente nous donne envie de
continuer vers le large. La suite… bientôt.
Les statistiques finales
du parcours :
Distance totale: 73.0 km
Temps de mouvement enregistré par le GPS: 10h26
Temps d’arrêt enregistré par le GPS: 45:47
Moyenne de vitesse : 7.0 Km/h
Les kayakistes :
François Kirouac en kayak solo
(auteur de ce récit)
Jean-Claude Vaillant et sa conjointe
Josée en tandem
Les logs GPS du parcours :
- Log du Garmin Etrex
- Log du Garmin Etrex
Legend
Les récepteurs GPS utilisés :
| Garmin Etrex Legend | Garmin Etrex |
[1] Un ouvrage nommé « Atlas des courants de marées » permet de planifier les parcours sur le fleuve en fonction des heures. On peut se le procurer en le commandant ou dans différents endroits spécialisés. Voici la référence Web pour l’Atlas:
http://www.slv2000.qc.ca/bibliotheque/lefleuve/vol08no1/fil_courant6_f.htm