Les « zones mortes » vont-elles s’étendre dans le fleuve Saint-Laurent?
Pêches et Océans Canada - Soumis le 2 Août 2010, 13:16
À travers l’histoire, le fleuve Saint-Laurent, s’écoulant depuis les Grands Lacs jusqu’à la côte de l’Atlantique, nous apparaît immuable. Les Premières nations l’utilisaient pour la pêche et comme voie de transport; les commerçants de fourrures et les agriculteurs en ont fait leur voie de communication; les villes et les villages se sont établis le long de ses rives. Pourtant, les populations qui en bénéficient de nos jours risquent de le détériorer pour l’avenir.

L’Institut Maurice Lamontagne (IML) surveille de près le Saint-Laurent depuis Mont-Joli, en Gaspésie. M. Denis Gilbert (Ph.D.) de l’IML a documenté des changements troublants survenus dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent. Cette région s’étend depuis Tadoussac, à la confluence de la rivière Saguenay et du Saint-Laurent, jusqu’aux eaux du nord-ouest du golfe du Saint-Laurent.

Dans certaines parties de l’estuaire maritime du Saint-Laurent, l’oxygène, aussi essentiel pour la vie aquatique que sur terre, a diminué de moitié depuis les années 1930. Lorsque l’oxygène tombe sous le seuil de 2 milligrammes par litre, de nombreuses espèces de poissons, de mollusques et de crustacés ne peuvent plus survivre. Des conditions de faibles teneurs en oxygène dites « hypoxiques » sont présentes naturellement dans certaines zones, comme des baies où la circulation de l’eau est limitée. Toutefois, actuellement le nombre de ces « zones mortes » est à la hausse dans les eaux côtières de nombreuses autres parties du monde. Par exemple, l’aggravation des niveaux d’hypoxie dans la baie de Chesapeake et le golfe du Mexique a amené les autorités américaines à mettre en œuvre des plans d’action afin de réduire l’apport de nutriments dans les eaux côtières.

« Jusqu’à maintenant les zones de faible teneur en oxygène dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent sont proches du fond, à des profondeurs supérieures à 275 mètres », déclare Denis Gilbert. « Le flétan du Groenland (turbot) est encore très abondant dans ces zones, mais il pourrait éventuellement en souffrir et quitter l’estuaire si l’oxygène continue de chuter. »

Quelle est la cause des changements dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent? Bien que les recherches doivent être poursuivies, Denis Gilbert et ses collègues de l’IML et des universités ont commencé à dresser le portrait de la situation.



L’histoire commence par le fond marin lui-même. Le chenal Laurentien est une profonde vallée sous-marine qui s’étend sur plus de 1200 km, depuis Tadoussac en passant par la péninsule de la Gaspésie et puis traversant le golfe du Saint-Laurent jusqu’au large dans l’Atlantique. Dans les couches de surface du chenal Laurentien, l’eau s’écoule vers l’océan. Dans la couche profonde, l’eau se déplace lentement de l’embouchure du chenal Laurentien vers l’intérieur des terres, pénétrant loin dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent, un déplacement qui nécessite environ quatre ans.

Les eaux des couches supérieures de l’estuaire maritime du Saint-Laurent, qui s’écoulent vers le large emportant avec elles du plancton, des poissons, des polluants et autres substances présentes dans l’eau, ont une influence sur les eaux des couches inférieures. Or ces eaux profondes subissent des changements.

Un niveau d’hypoxie grave a fait son apparition vers le milieu des années 1980 dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent et, en 2003, cette zone hypoxique couvrait environ 1300 kilomètres carrés du fond marin. Dans l’illustration, les points rouges indiquent les endroits où l’appauvrissement en oxygène est le plus intense en eau profonde, ne permettant plus la survie de la morue.

Denis Gilbert et ses collègues ont calculé qu’entre le tiers et la moitié de l’appauvrissement en oxygène résulte de facteurs liés au fleuve. En particulier, les eaux usées municipales ainsi que l’épandage d’engrais et de fumier dans les champs agricoles entraînent le déversement de grandes quantités de nitrates et de phosphates dans le fleuve. Ces substances apportent au plancton des nutriments additionnels, causant sa prolifération. Lorsque ce plancton abondant meurt et tombe au fond de l’eau, le processus de décomposition fait baisser davantage la teneur en oxygène de l’eau.

Des collègues de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de l’Université McGill ont démontré par l’analyse d’échantillons de sédiments du fond marin que le taux de dépôt de carbone organique a commencé à augmenter dans les années 1600, alors que le peuplement par les Canadiens-français s’intensifiait le long du Saint-Laurent. Au cours des récentes décennies, le dépôt de carbone organique et l’appauvrissement en oxygène se sont accélérés.

Si les activités humaines liées au fleuve ne comptent que pour une partie de la diminution de la teneur en oxygène, qu’en est-il du reste? On pense que de nouvelles conditions dans l’océan Atlantique, qui pourraient être en partie d’origine anthropique compte tenu du réchauffement de la planète, ont pu jouer un rôle important dans la diminution de l’oxygène.

La couche de surface de l’océan échange des gaz avec l’atmosphère. Pendant les floraisons phytoplanctoniques, la surface de l’océan agit comme source d’oxygène pour l’atmosphère. À d’autres moments, par exemple lors de refroidissements intenses à l’automne, la surface de l’océan agit plutôt comme un puits d’oxygène. Généralement, la surface de l’océan n’est jamais très loin de l’équilibre gazeux avec l’atmosphère, les taux de saturation en oxygène variant typiquement de 95 % (sous-saturés) à 110 % (sursaturés).

L’eau du courant du Labrador longeant la bordure sud des Grands Bancs de Terre-Neuve, une masse d’eau « jeune » ayant eu un échange direct de gaz avec l’atmosphère au cours de l’année précédente, représente une importante composante de la masse d’eau pénétrant dans l’embouchure du chenal Laurentien.

Cependant, l’eau du courant du Labrador ne représente qu’une partie de l’eau qui entre dans le chenal Laurentien. Le golfe du Saint-Laurent reçoit également de grandes quantités d’eau du centre de l’Atlantique Nord. Ces masses d’eau plus chaudes, plus salées et moins oxygénées proviennent du sud du Gulf Stream qui passe au sud de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve et poursuit sa route vers l’Europe. Les tourbillons du Gulf Stream transportent de grandes quantités d’eau du centre de l’Atlantique Nord dans la région des eaux du talus continental, entre le Gulf Stream et la plate-forme continentale, et contribuent à l’écoulement vers l’intérieur du continent des eaux profondes du chenal Laurentien.

Au cours des récentes décennies, la proportion d’eau du courant du Labrador qui entre dans le golfe du Saint-Laurent a diminué, alors que celle de l’eau du centre de l’Atlantique Nord a augmenté. Cette situation a contribué non seulement à la diminution des concentrations en oxygène dans les eaux profondes de l’estuaire maritime du Saint-Laurent, mais également à une augmentation de 1,65 °C de leur température.

« Les causes ultimes de tout ce phénomène sont encore inconnues », selon Denis Gilbert, « mais il est légitime de supposer qu’il puisse exister un lien avec le changement climatique planétaire. »

Afin de poursuivre la résolution de ce casse-tête, les scientifiques ont besoin de meilleures données sur les concentrations en oxygène en haute mer qui pourraient être en train de changer. Dans le cadre du programme international Argo de bouées dérivantes, le MPO a déployé plus de 90 bouées qui transmettent par satellite des données sur la température et la salinité. Le Ministère procède actuellement à l’installation de capteurs d’oxygène sur 11 de ces bouées. Ces capteurs permettront de détecter les changements océaniques, parfois de très faible amplitude mais touchant de très grandes étendues, qui peuvent avoir des répercussions sur le climat à l’échelle mondiale.

En ce qui concerne l’estuaire maritime du Saint-Laurent, Denis Gilbert déclare que « nous ne pouvons pas prévoir les changements avec certitude. Cependant, à la fois des facteurs fluviaux et océaniques soutirent de l’oxygène de l’eau. Plus nous pourrons en apprendre par la recherche, plus nous serons en mesure de nous préparer. »

Source: http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/Publications/article/2005/01-12-2005-fra.htm
Soumis par: Stéphane
Catégorie: Milieu, Environnement
Lectures: 1217




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