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ANTICOSTI 2014
par Jean St-Onge

Jour -120 Prélude au projet

Autour de Noël un projet naît soit celui de faire le tour d’Anticosti. Les premiers ajustements surviennent à cause du facteur temps/vacances vs temps/travail. De 6 participants au début nous sommes passés à 3, Benoit, Jean et Bertrand. Nous décidons de longer la partie nord de l’île, la côte face au détroit de Jacques-Cartier. Un plan de route est adopté qui va de Port-Menier à Baie Sandtop et nous convenons de 2-3 réunions pour mettre en place le projet de même que des répétitions sur l’eau, question de pratiquer des récupérations et de créer ainsi une habitude de travail en commun. Nous faisons aussi 2 sorties, une de 3 jours à Long Sault en Ontario fin avril et une autre de Montréal (Bellerive) à Trois-Rivières (Pont Laviolette) en 2 jours au mois de mai. (112 km-16 heures de kayak)

Ces deux sorties nous ont permis de s’ajuster et d’améliorer nos équipements de même que la nourriture à apporter. De petits sacs sont plus utiles que les grands et la nourriture sèche nettement supérieure à celle de mister Léo Phylisé. Faut dire que Léo est trop copain avec Sodium celui qui écrit des factures très salées.

Jour -2 ( 18 juillet)

De Montréal nous partons avec la voiture de Bertrand sur laquelle il y a trois supports et nous nous rendons à Franquelin accueillis par un couple d’aubergistes charmants.

Jour -1 (19 juillet)

De Franquelin jusqu’à Rivière St-Jean, lieu de départ pour Anticosti. Renauld Parisé et son zodiac nous mènera là en 50 minutes. Comme la journée est encore jeune, Bertrand et moi allons kayaker à Longue pointe de Mingan pour se détendre les tendons et faire le tour de l’île Nue pendant que Benoît ira à Havre St-Pierre m’acheter une tuque orange fluo que je porterai probablement dans des lieux inhabités.


Extrait d’une carte de la Nouvelle-France dessinée par Samuel de Champlain et publiée en 1632 à Paris.

Les personnages :

Bertrand

Un gars du Saguenay, un homme des bois infatigable sans ragnagna qui laisse ses chaussettes mouillées bien en vue et qui s’implique passionément. Il est allé faire des recherches de cartes et s’est équipé du système « In Reach » en cas de recherche de nos dépouilles bref, un système fort utile quand on n’a pas de téléphone-satellite. Je dirai de lui que c’est l’homme de la campagne, le gars du bardeau de cèdre.

Equipement : Kayak St-Laurent 17/24 pagaie Gröenlandaise,casque,dry suit,GPS,In Reach-Radio VHF-pagaie Euro et pompe Katadyne pour l’eau potable.

Benoît

Maître-chanteur qui a fait vibrer le public, c’est un expert en réparations de tous genres. Il cherche toujours le meilleur site de campement possible et a apporté un thermomètre( pas pour la fièvre mais pour l’air et l’eau.). Souvent, comme les petits, il demande « Quand est-ce qu’on arrive ? » (blague)

Homme de la banlieue, il adore le bois de grève pour créer des brasiers d’enfer. C’est l’homme de feu.

Equipement : Kayak Boréal Design Inukshuk 17/24, pagaie Gröenlandaise, drysuit, pagaie Euro, casque.

Jean (Stongï)

Comme c’est moi le narrateur, c’est plus difficile d’écrire et se décrire sans tomber dans le « selfie ». Je vous dirai seulement que je dors sur les roches, en pente, que j’adore pagayer et que je suis né sur le macadam. Homme de la ville, le gars du bardeau d’asphalte. Bertrand dit de moi que j’ai l’énergie positive d’un adolescent.

Equipement : Kayak artisanal thuya (Cèdre) avec lattes style Guillemot, pagaie Gröenlandaise, radio VHF, pagaie euro , casque, pastilles pour l’eau potable.


Extrait de la carte de Cornelis de Jode publiée en 1593-On y aperçoit Anticosti bloquant le golfe.


Le récit

Jour 1 (20 juillet) Pointe sèche-Cap Rabast 24 km départ 10 :15 arrivée 16 :30

PSècheN49 54 56.4 W64 25 50.4  (20 U 397290  5530234) CRabast N49 57 08.1 W64 09 06.1 (20 U 417380 5533958)

Après le transport sur l’île par Renauld Parisée, nous chargeons nos kayaks pour partir de la Pointe sèche. Déjà la forêt d’épinettes blanches nous dévoile son austérité par ses épines grises et denses et la grève de roches nous accueille avec beaucoup moins de chaleur qu’une salle d’urgence. Journée de pagaie tranquille, le temps est beau , la mer est calme, « Anticosti nous étreint » doucement . Nous découvrons le « Reef » genre de plateau horizontal presque en pavé uni qui atteint de bonnes distances de la rive .Le reef c’est une batture de roches plates qui rend les accostages un peu ardus et qui nous apprend que l’Anticoste possède un caractère malcommode. Nous arrivons au Cap Rabast et montons le camp. Par contre nous laissons les embarcations sur le reef et quand la marée monte nous les tirons avec les cordes. 3 paresseux peut-être ? Pensez ce que vous voulez !

Jour 2 (21 juillet)

Cap Rabast – Havre du Brick (rivière à l’huile) 34km. départ 9 :40 arrivée 19 :10

RabastN49 57 08.1 W64 09 06.1 (20 U 417380 5533958) -Brick N49 52 05.8 W63 43 12.3 (20 U 448246 5524233)

Nous quittons tout juste la berge pour attraper l’orage mais elle ne dure pas. Ce sera une autre belle journée avec un vent d’ouest de 10 à 15 nœuds qui nous pousse jusqu’à notre prochaine destination. Nous « embrassons les caps » et suivons le reef qui devient notre ami. Un ami avec ses qualités et défauts. Son défaut c’est de nous embêter constamment en nous obligeant à le contourner mais possédant la grande qualité de faire passer la profondeur de l’eau de plusieurs pieds à quelques pouces en un coup de pagaie et de faire mourir la vague à coup sec. Il tue le surf et donc de ce fait n’est pas très Hawaïen ! Nous accostons à côté de la rivière à l’huile, une très jolie rivière de schiste.

Jour 3 (22 juillet)

Havre du Brick- Pointe au naufrage 26km départ 8 :45 arrivée 16 :10

Brick N49 52 05.8 W63 43 12.3 (20 U 448246 5524233) NaufrageN49 49 35.6 W63 23 15.3 (20 U 472124  5519412)

« Les flots nous câlinent » la mer douce nous amène tranquillement jusqu’à une belle cascade. Trouver des ruisseaux au fond des baies devient un jeu d’enfant grâce aux observations de Bertrand qui surveille les variations dans les lignes d’horizon des côtes.

Si nos kayaks sont à la fois nos véhicules, garde-manger et garde-robes, les ruisseaux sont importants puisqu’ils nous fournissent eau potable, eau de cuisson, douche et laveuse à linge (surtout les chaussettes! )

Jour 4 (23 juillet)

Pointe au naufrage- Baie du Caplan 31km départ 8 :20 arrivée 15 :30

naufrage N49 49 35.6 W63 23 15.3 (20 U 472124  5519412) Caplan N49 44 49.9 W63 00 32.5 (20 U 499349 5510524)

Encore une belle journée, il fait chaud, Bertrand et moi ne portons plus nos combinaisons étanches (drysuit) puisque l’eau est à 12 degrés (Eh! Oui ) et que tout baigne dans l’huile. Beaucoup de phoques nous observent et aimeraient posséder un appareil-photo comme nous mais bon….Nous faisons un arrêt à l’Anse à l’indien juste à côté de la falaise Puyjalon pour se doucher sous l’immense cascade qui s’y trouve.

Illustration de la baie du Caplan par l’auteur.

Jour 5 (24 juillet)

Baie du Caplan- Rivière Observation 18km départ 8 :15 arrivée 14 :00

Caplan N49 44 49.9 W63 00 32.5 (20 U 499349 5510524) Observation N49 39 48.4 W62 46 24.0 (20 U 516358 5501236)

Le paysage devient grandiose avec les falaises qui se succèdent. Parfois, elles rappellent la Haute-Egypte avec la roche dorée. Sur le calcaire se dessinent des hiéroglyphes naturels écrits par Eole et ses grands airs  de flancs mous. Des physionomies pharaoniques et des nez Abénakis se dessinent dans les feuilles friables  du roc . D’ailleurs le reef est disparu depuis Puyjalon et il ne réapparaitra plus jusqu’à la rivière aux saumons. A l’embouchure de la rivière Observation nous aurons droit, par l’homme de feu, à un brasier qui enlumine le ciel jusqu’à Mingan. Nous sommes campés sur de la grosse roche éclatée et sur un lieu à découvert. Heureusement , il ne pleut pas.

Jour 6 (25 juillet )

Rivière Observation- Rivière Vauréal (Baie Maujerol) 16km départ 9 :30 arrivée 13 :15

Observation N49 39 48.4 W62 46 24.0 (20 U 516358 5501236) Maujerol   N49 36 28.8 W62 34 59.1 (20 U 530122 5495132)

Journée courte et facile avec un léger vent d’ouest. « La brise nous donne des bises » Nous nous installons au fond de la baie Maujerol où se trouve un joli petit ruisseau. Alimentation : La nourriture sèche telle le Pemmican, le jerky et les fruits et légumes déshydratés sont vraiment bien. Ils ne prennent pas de place, sont légers, nutritifs . Par contre, nous nous en lassons au bout d’un certain temps. Les conserves de poisson sont bien et les autres aliments en conserve dépannent bien malgré leur haut taux de sodium. On peut ajouter carottes, patates, oignons et ail dans des soupes déshydratées puisque ces légumes se conservent bien. Le pain tortilla se conserve aussi de même que les fromages .Benoit et son Nutella m’a fait saliver. Au bout du compte on s’en sort très bien en variant les sources.

Jour 7 (26 juillet)

Congé

Randonnée pédestre sur la rivière Vauréal jusqu’à la chute de 72m( plus haute que Niagara) et campée dans un merveilleux canyon. Marche pas facile dans de la grosse roche avec des passages à gué. Nous avons mis 5 heures pour faire les 10km.Bertrand l’a fait aller-retour! Quand je vous dis qu’il est infatigable. Benoit et moi avons fait du pouce pour le retour. Un tour de pick-up F150 ça fait du bien. Comme vous le lisez voilà une belle journée de congé !

Jour 8 (27 juillet)

Baie Maujerol- Baie Natiscotec 25 km départ 9 :15 arrivée 19 :40

Maujerol N49 36 28.8 W62 34 59.1 (20 U 530122 5495132) Natiscotec N49 29 05.6 W62 23 48.4 (20 U 543690 5481537)

Journée de vent. Dieu Eole se lève et nous avertit de son humeur. Il soufle en rafale croisées. Il y a un présage là qui nous interpelle. Nous est alors imposé un arrêt de 3 heures, un repos à la baie de l’Ours qui est bien jolie et nous naviguons jusqu’à la baie Natiscotec.

Jour 9 (28 juillet) Natiscotec- Rivière aux saumons  16km départ 7 :00  arrivé 13 :00

Natiscotec N49 29 05.6 W62 23 48.4 (20 U 543690 5481537) saumons N49 25 57.7 W62 15 01.1  (20 U 554357 5475828)

Nous partons avec le vent du sud-est qui commence à mordre et la pluie torrentielle qui se met à tomber. Bertrand et moi arrêtons au bas de la falaise pour mettre nos « dry ». Je m’empêtre et mets la mauvaise jambe dans le mauvais pied et pendant ce temps les roches dévalent de la falaise et tombent autour de nous. Fiou, on part de là et on essaye d’avancer du mieux que l’on peut. Passé le cap Robert le vent est assez fort pour déclencher certaines inquiétudes justifiées par les vagues et les moutons qui fuient le méchant loup de mer. Nous essayons de contourner la pointe Harvey mais là il y a un clapotis et des mouvements d’air qui viennent de partout à la fois. En 2 heures nous avançons de 200 mètres et la pointe ne semble jamais s’effacer. Finalement en longeant la falaise , nous arrivons à la plage, épuisés… À partir de ce point il reste 50km à parcourir pour se rendre à Baie-Sandtop, où Danièle Morin doit venir nous chercher pour le retour à Port-Menier. Comme il n’est pas possible de rejoindre une route entre Rivière-aux-Saumons et Baie-Sandtop et qu’il nous faudra 2 jours (c’est le temps qui nous reste) pour parcourir cette distance, la température sera décisive. Donc si le temps est semblable le lendemain, nous devrons mettre un terme à l’expé par manque de temps. 

Jour 10 (29 juillet)

Rivière aux saumons-

Nous en se levant nous découvrons que le vent est déjà levé depuis un bon bout de vent (temps) encore plus fort 70km/heure et nous devons cesser l’expédition et rejoindre notre transport. Grâce à In Reach qui permet des communications Danielle Morin est rejointe et peut venir nous chercher malgré ce changement de dernière minute.

Jour 11

Port-Menier (Pointe du Château) – Pointe sèche 33km

Mes deux copains veulent visiter Port-Menier (ce que j’ai déjà fait en 2002) alors je décide de faire le tronçon jusqu’à notre point de départ de l’île. Une merveilleuse journée de kayak avec la houle de la journée précédente, qui permet de surfer jusqu’au reef. Je passe devant Baie Ste-Claire la «  magnifique abandonnée » avant d’accoster à la Pointe sèche.

Postlude

Bonne entente en trio avec des décisions consensuelles, humour et niaiseries à profusion ont conduit à la bonne marche de ce merveilleux voyage. La température a été exceptionelle à bien des égards..Peu de pluie et beaucoup de chaleur pour cet endroit.

Anticosti est la terre des extrêmes avec ses fabuleuses falaises , ses insondables forêts et les nombreuses rivières qui y coulent.

Les 300 habitants de l’île sont confrontés à plusieurs problèmes; Forêt peu variée, cheptel de chevreuil affaibli par la raréfaction de la sapinière et difficulté avec l’industrie touristique. Il faudrait ajouter une autre problématique de taille ; La question pétrolière qui risque d’apporter des réponses dangereuses pour certains, douteuses pour d’autres et profitables pour qui ? La question est là qui plane, restons vigilants !

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Stongï le 20 Août 2014

 


Rivière Vauréal et son canyon

Continuez à lire, les routines suivent !

Voici nos routines de voyageurs (une contribution de Bertrand)

LES ROUTINES

Routine du matin :

-Se réveiller.

-Recommencer à rêver.

-Faire un café. Ça prend du temps mais…. Le café du matin , ben c’est le café du matin.

-Défaire les tentes. (Aller faire un dépôt à la caisse intestinale Desjardins.)

-Déjeuner.

-Les ablutions matinales.

-Tout remettre dans les sacs étanches.

-Charger les kayaks.

-Ouvrir le GPS.

-Envoyer notre position à 8 personnes choisies.

-S’habiller en kayakiste. 

Routine de la journée :

-Pagayer.

-Boire.

-Pagayer. Pisser dans l’urinoir (avoir envie devant la falaise ne permet pas d’arrêt)

-Pause pour une petite collation.

-Pagayer.

-Diner avec nourriture ne demandant pas à être chauffée tels saucisson, jerky, fromage, poisson en canne, canne en conserve!, grenaille etc.

-Pagayer.

-Boire.

-Et repagayer. Et repisser dans l’urinoir. Pour les no.2 c’est préférable de faire les dépôts le matin après le café.

Routine du soir :

-Déterminer un emplacement de campement.

-Assurer les kayaks et les vider.

-Monter les tentes.

-Laver le linge

-Se laver

-Faire sécher tout ce qu’il y a à sécher. Spécialement les chaussettes à Bert !

-Refaire le stock d’eau.

-Préparer le feu.

-Préparer le souper

-Inscrire les données du GPS.

-Communiquer notre position aux 8 chanceux.

-Réévaluer notre position par rapport à notre itinéraire.

-Revoir notre route du lendemain.

-Rigoler.

-Rêver (ce que j’ai fait amplement, surtout réveillé)

Note ( Jean) Dans ce genre de voyage de plein-air et de plein-eau j’ai remarqué que j’avais une forte propension à rêver en abondance pendant mon sommeil à plein de choses et à plein de gens. J’avoue que cela me donne une autre raison de repartir.

Aussi les livres….Je n’en avais pas ce coup-ci et ils m’ont manqués. Heureusement j’avais mon cahier à dessin.

Merci à mes collègues et amis si bienveillants et fonceurs !

Bertrand, Benoit….. A plus

Les commentaires sur ce récit:

brigitte - 16 Novembre 2014, 10:02
Vous avez toute mon admiration. Milles fois bravo
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