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DE L’EAU DOUCE À L’EAU SALÉE
Expédition en kayak de Montréal à Les Escoumins.

Par Jean St-Onge

Avant d’aller sur l’eau

J’ai débuté le kayak en septembre 2003 et dès le départ un de mes rêves était de faire des voyages comportant des distances importantes en parfaite autonomie. L’expédition signifiait découverte, technique, endurance, plaisir pour les yeux et les oreilles, connaissance de l’environnement et finalement LIBERTÉ .

C’était en quelque sorte un retour à l’époque où le peuple d’ici courrait les bois et “marchait” sur les flots.

Peu de temps après mes débuts j’ai commencé à faire des pagaies de bois et grâce à des gens comme Nicolas Bertrand je me suis mis à la pagaie Groënlandaise et la construction de Qajaq

en toile sur ossature de bois.

Ensuite j’ai apprivoisé l’hiver et les glaces et appris à apprécier le kayak pendant toutes les saisons.

En 2005 et 2006 j’ai bien essayé de faire une longue randonnée mais à chaque fois j’arrêtais

faute de volonté. Voilà pourquoi j’ai silloné le Québec le long du St-Laurent jusqu’à Mingan

avec mon auto histoire de connaitre un peu plus le terrain. Le Bic, Sept-îles, l’île aux Coudres, Mingan m’ont vu passer au fil de l’eau.

Cette année 2007 devait être le bon moment pour enfin réaliser ma première expédition.

Mes préparations ont été de faire des sorties de kayak le plus souvent possible certaines courtes d’autres plus longue. Donc une préparation bien ordinaire. Plus tard pendant le voyage je me suis rendu compte qu’ajouter du vélo et de la randonnée en montagne aurait été plus que bénéfique pour l’endurance.

Après m’être procuré les cartes marines et topos et avoir planifié la route je me suis rendu compte

que je connaissais mal le terrain entre Québec et Tadoussac. J’avais peur de ne pas trouver facilement de lieux où camper.

Côté alimentation j’ai séché de la viande pour avoir du pemmican et des légumes.

Des mets lyophilisés et soupes et conserves complétaient le tout. Pour l’eau la décision d’en apporter 11 litres était correcte puisque certains campings se trouvaient sur le chemin.

Et puis 3 jours avant le départ coup de théâtre un mec qui se nomme Bruno Matte m’invite à partager sa route d’eau. Pour lui, c’est de Québec à Baie-Comeau. Ok, on se rejoint à Québec.

Malgré les craintes et les appréhensions je pars.



JOUR 1- 9 Juillet 2007

De Montréal ( Bellerive) à Sorel 60 km

C’est long ( 9heures ) mais on y arrive sans trop d’histoires en suivant les bouées du chenal maritime ( voir le magnifique texte de Pierre Baribeau :” D.’une bouée à l’autre” )

La vision de tous ces oiseaux en plongée et des maskinongés qui sautent me laissent bouche bée.

Les îles sont tellement habitées par les canards sauvages que le sol supporte 3 pouces de merde et que les mouches sont continuellement en party. Il est impossible d’arrêter sur ces îles qui de toute façon sont protégées .

Je me rends à Sorel et campe tout près de l’usine de Tracy à 1 km de la Pointe aux pins.

JOUR 2 -10 juillet 2007

De la Pointe aux pins jusqu’au Banc de sable 16 km

La première journée m’a éreinté je décide de prendre ça cool et me fixe sur le banc.

Cherchez les roches là-dessus il n’y en a pas. .

JOUR 3- 11 Juillet 2007

Repos-Exploration de l’archipel du lac St-Pierre 11 km

J’ai bien fait de me reposer car les vents de 30 noeuds balaie le banc, on se croirait dans le Sahara.

.Pierre Baribeau avait fait Montréal-Québec en 3 jours. Moi, au rythme où je vais j’en ai pour 7 jours. Pourquoi s’en faire je suis en voyage et j’ai tout le temps de réaliser mes objectifs. L’archipel du lac St-Pierre c’est le paradis pour ceux et celles qui aiment les oiseaux.

Ils sont en grand nombre et d’espèces fort variées mais je ne vous apprends rien.


JOUR 4- 12 Juillet 2007

du Banc de sable à Trois-rivières 40 km

6 heures du matin je me lève et en 1 heure je suis prêt à foncer. La traverse du Lac St-Pierre est amorcée, mes amis me disaient “prends ça sur les côtés c’est moins dangereux” mais il faut y aller au milieu peut importe les orages car c’est là que ça avance- Les herbiers près des rives et le peu de profondeur ne servent pas la cause de l’avancée. Finalement ça se passe assez bien je le fais en 4 heures et demi et j’arrive à Port St-François. Je me repose sur la plage près du quai , je mange et je jase avec André Pratte qui me prédit de très belles places et une dame dont j’ai oublié le nom.

Un gars qui s’appelle Robert et qui possède un voilier me propose d’aller dans sa maison pour les besoins les plus élémentaires - Quelle gentillesse.

Je repars fourbu et après avoir passé le pont de Trois -Rivière je me dis que je dois arrêter. j’en ai assez. Je monte un camp sous le pylone de l’Hydro juste en face de la ville.

Les graffitis et les traces de pneus me rebutent de même que l’environnement austère. J’espère que personne ne viendra m’embêter pendant mon sommeil de toute façon perturbée par les passages de voitures sur le pont. De l’homo- sapiens à l’homo-moteur.

Mais je m’en sors jusqu’au lendemain.

JOUR 5 - 13 Juillet 2007-

de Trois-rivières à Deschaillons 46 km

Réveil à 5heures du mat- Café et caca deux incontournables.


Appareillage à 6:45. Devant Trois -Rivières je me rends compte que je n’ai pas mon porte-feuille. Je retourne au pylone à contre-courant. Evidemment les marées commencent à Trois-rivières-Bon dieu qu’il est loin le pylone malgré l’électricité qu’il suggère. Après 45 minutes j’y reviens et ma pochette est encore là. Petit stop à la petite Floride et ensuite ça va très bien.

A cause d’un orage j’ai dû débarqué à St-Pierre les becquets attendre la fin de la colère des dieux.

Enfin, sans trop d’histoires je me rends au camping de Cap à la Roche.

JOUR 6 - 14 Juillet 2007

Repos 6 km

Cette journée je décide que me reposer sera profitable. Raymond, un kayakiste de l’endroit me propose une ballade agréable. Après cela sa compagne nous invite à un repas qui pour moi est grandiose et réparateur. 2 couples charmants, de belles discussions et le voyage qui s’enrichit

de contacts et de plaisirs inattendus. Merci à Jocelyne, Raymond, Jacques et Denise.

J’allais oublier de mentionner 2 autres kayakiste, Mario et Valérie qui me proposent de camper

devant leur maison à Cap-Rouge.

JOUR 7 -15 Juillet 2007

De Deschaillons à Neuville 44 km

Passage des rapides Richelieu ou la vitesse augmente jusqu’à 18km puis je me repose à la Pointe de Platon pour ensuite me rendre jusqu’à Neuville .Je remarque Les écureuils.

Je me dis que je n’irai pas me casser les noix sur les grosses roches qui apparaissent à marée basse. J’arrive à Neuville mais là aussi beaucoup de roches. Avec du slalom j’arrive à me faufiler difficilement jusqu’à la rive de galets.

Je fais la rencontre de Bruno Matte et je vais dormir chez-lui à St-Joachim juste en haut de la côte de Beaupré. Ce petit malin fabrique sa propre bière noire qui en passant est meilleure que la Boréale ( Je suis amateur de Guinness). Le voyage va maintenant passer de solo à duo et c’est réconfortant.

JOUR 8- 16 Juillet 2007

De Ste-Anne de Beaupré à l’Isle aux Coudres 50 km

6:30 Nous sommes Bruno et moi sur la rivière Ste-Anne et partons pour profiter de la marée et des courants. Je me fie beaucoup à Bruno et à sa route puisqu’il connait le terrain , les courants de marée et est équipé d’un excellent GPS.

Nous faisons le trajet de 50 km en 5 heures avec des pointes de 20 km/h pour se parker à Cap à la branche sur l’Isle aux Coudres. Une belle journée avec des vagues de poupe et du vent du sud-ouest. Si j’avais suivi mon plan je serais probablement débarqué à la rivière St-François.

Mettre de l’eau dans son vin rend moins saoûl mais plus efficace. Le fait de voyager à deux est génial, c’est plus sécuritaire et le duo qui se forme se solidifie à mesure qu’il se déploie.

Mon compagnon est un être agréable et plein de vie. Je suis heureux de voyager avec lui.

Si j’avais été seul, serais-je aller aussi loin ? Nous campons sur le Cap à la branche à l’extrémité ouest de l’île . ( Beaucoup de vent, un grand bol d’air et un paysage à couper le souffle ! OUF !

JOUR 9- 17 Juillet 2007

De Cap à la Branche jusqu’à Cap à l’aigle 48 km

Une autre belle journée avec des vents d’ouest, de belles vagues d’arrière et de côté. Des paysages grandioses ; St-Joseph de la rive, les Eboulements, Pointe au pic, la Malbaie..


Nous faisons en moyenne 8 km/heure avec une pointe à 21km, il nous faut 5 heures et 16 minutes pour arriver juste à côté de la marina de Cap à l’aigle où nous montons les tentes sur une magnifique plage.

Grâce au GPS Bruno repère les points d’eau et il y en a plusieurs dont une cascade à 20 mètres de notre camp. Une super douche nous attend.

J’y vais avec mon savon bio avec ardeur et joie, puis merde mon savon est emporté par

la force du jet, j’aurai beau le chercher jusqu’au rivage je l’ai perdu. Je prends la décision de monter à pied jusqu’au village (sacrée belle côte) pour m’en procurer un autre.

Une belle marche de 6 km et j’en profite pour rapporter un p’tit canon de rouge qui agrémentera

notre repas du soir. Pépère yé pas si fatigué pour marcher après un 5heures de kayak.(en passant cela fait du bien de marcher après être resté assis longtemps dans le trou).

Le soir nous aurons droit à un duo d’arc-en-ciel avant d’aller dormir.

Nous nous couchons autour de 21h pour se lever vers 5 h.

JOUR 10- 18 Juillet 2007

Cap à l’aigle à Baie des rochers 41 km

Encore une autre belle journée avec une vitesse moyenne de 7.9 km/h et une pointe à 16 km.

Nous nous sommes bien amusé à longer les caps de Charlevoix. De beaux clapotis sont formés

par la marée descendante qui est accélérée par la rondeur des Caps. On dirait presque des rivières

et nous avons bien du plaisir dans ce petit rodéo.

Au bout de 5 heures et 7 minutes c’est le débarquement sur l’Anse aux sables.

Au bout de la plage il y a une presqu’île avec un chalet en V renversé qui a été bâti par Félix-Antoine Savard, l’auteur de “ Menaud maître-draveur ”.

Le soir un autre beau “show” nous attend cette fois on l’appellera “les cheveux des anges qui brouillent les cieux” ou prélude à des journées de brouillard.

JOUR 11- 19 Juillet 2007

Baie des rochers à Tadoussac 25 km

Matin de brume et brouillard dans les yeux nous allons vers Tadoussac qui est mon objectif final.

J’ai pris la décision de continuer avec Bruno jusqu’à Forestville. C’est un camarade charmant et

nous nous entendons à merveille. De plus nous sommes complémentaires et il est le “guide” pendant ce voyage. A un moment donné deux Bélugas nous accompagnent dans ce duel de pagaies.

Beau moment que ces rencontres avec les mammifères marins qui ajoutent joie et sécurité au voyage. Quel plaisir d’entendre leur souffle de vie et leur pulse de chasse.

Nous allons beaucoup plus lentement autour de 4 km/ heure étant trop près du rivage at au-desssus de la batture aux allumettes. Ces battures se vident vite nous devons nous dépêcher et Bruno prends les devants. Bientôt à droite on voit les gros rochers et sous nos kayaks il n’y a plus que 1 mètres d’eau .Nous visons la pointe aux allumettes et accélérons. Nous sommes allumés.

Merde! Il nous manque quelques mètres et vlan sous sommes dans la vase.5 heures d’attente. Heureusement 2 marcheurs qui passent devant nous indiquent un petit chenal toujours là même à marée basse. Les gens du coin ont toujours des connaissances qui dépassent les cartes marines et topos. Hop! On traîne les kayaks sur 20 mètres et nous voici dans le chenal.

Baie Ste-Catherine, la pointe noire et nous traversons le Saguenay pour arriver dans la Baie de Tadoussac.


Une bière au Gibard et Bruno décide de pousser jusqu’au Paradis marin. Quant à moi je suis transi et fourbu je décide de rester à Tadoussac . Nous nous proposons de se rejoindre le lendemain au Paradis marin.

J’installe discrètement mon camp dans la baie, je regarde passer les touristes qui veulent voir les baleines. Au crépuscule je vais savourer un bon petit rouge assis sur une terrasse et ressassant les images du voyage défilant dans ma tête..Mon objectif est atteint. Je prends la décision de ne pas accompagner Bruno. Je suis trop fatigué. Je téléphone à mon fils Olivier qui viendra me chercher au Paradis marin le dimanche 21 juillet.

JOUR 12- 20 juillet 2007

de Tadoussac à Bergeronnes 22 km

Mauvaise météo, pluie et brume je me rends à la marina de Bergeronnes encore transi

je lave et sèche mon linge à la marina. Le responsable Guy est très coopératif.

j’y fait la rencontre de Hugues Durocher qui est pilote de zodiac pour Essipit.

Le temps est mauvais il embarque le kayak dans son pick-up et me reconduit au Paradis marin

juste à côté. Je retrouve Bruno qui s’amuse bien avec ses voisins de site.

JOUR 13- 21 Juillet 2007

Repos au paradis marin qui est situé à l’Anse à la cave.

Je dis bonne chance et au revoir à Bruno qui part pour Baie-Comeau. Salut mon chum!

JOUR 14 - 22 Juillet

de l’Anse à la cave jusqu’à Les Escoumins 20km (10 aller-retour)

Avec ma voisine de site Julie nous nous rendons aux Escoumins

entouré et presque poursuivi par les Rorquals, phoques et marsouins.

Le soir mon fils arrive.

JOUR 15 - 23 Juillet

Ballade en kayak pour observer les baleines- Méchant snack à la poissonnerie

des Escoumins et enfin retour à Montréal.

Au grand total j’ai parcouru 420 km. Je suis content et satisfait, c’est le bonheur.

Au sortir de l’eau

En conclusion je vais vous dire qu’ étant un homme d’eau douce ma rencontre avec Bruno

(l’homme d’eau salée) a été déterminante dans la réussite de cette expédition.

J’ai appris beaucoup et la prochaine fois mes routes seront mieux préparées, les cartes plus étudiées. Voyager à deux est important. Etre seul c’est bien mais tellement plus insécurisant.

Je sais aussi que passer 5 heures dans le kayak sans arrêt est possible pour moi.

La 6è heure est plus difficile. En termes de distance 30 km c’est relativement facile au-delà de 40 cela devient pénible. Mes limites sont maintenant connues. Il me reste à tenter de les repousser ou simplement continuer à être capable de les garder.

Je vais aussi me procurer une radio VHF et un GPS.

Mon entraînement ne sera pas que sur l’eau ainsi je serai beaucoup plus fort pour ces voyages.

Enfin je dois souligner les gens que j’ai rencontré tout au long du trajet. Ces gens qui changent

la couleur du voyage et qui sans le savoir vous donne toujours de l’espoir. Merci.




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